Profil du coordinateur EPN idéal ?

Ça commence par un coup de fil

Début juillet 2011, je reçois un coup de fil de Pierre. Jeune aspirant animateur TIC, Pierre fait une enquête professionnelle afin de mieux cerner les prérogatives d’un animateur d’EPN. Il me demande donc de répondre à un questionnaire plutôt fourni (11 questions). Comme Pierre semble motivé (il me relance plusieurs fois), je prends le temps nécessaire pour répondre à toute son interview. Je m’appuie sur mon expérience personnelle, celle construite aux Jardins Numériques, dont j’ai été le fondateur en septembre 2005 et à l’EPN du Relais 59 (de fin 2007 à aujourd’hui), pour lequel je suis coordinateur.

Un portrait se dessine

Il en ressort un portrait quelque peu idéal, mais somme toute fidèle au travail que j’effectue au quotidien depuis maintenant six années. En développant différents EPN à Paris, je me suis aidé de mon expérience dans l’enseignement de l’italien et du FLE (1994-1999), dans la gestion de projet multimédia et Web à l’université de Paris 3, chez Bordas et Nathan et en tant que consultant indépendant (1998-2007). Mon expérience de chercheur en didactique de l’italien à Paris 3 et d’éditeur parascolaire m’aide quotidiennement dans la préparation et la conduite des cours, la confection d’appareils pédagogiques, la veille et la rédaction de contenus en ligne.

Animateur TIC et coordinateur EPN même combat ?

Certes, le profil d’un animateur d’EPN n’est pas exactement celui d’un coordinateur. Néanmoins, lorsque le coordinateur effectue toutes les tâches d’un animateur, comme c’est mon cas, il m’a semblé intéressant de mettre en commun ces deux fonctions qui se recoupent

Je précise que je travaille dans une structure associative, où les moyens sont faibles et où l’imagination, la ténacité et le système débrouille sont de mise. Je ne devrais théoriquement pas donner de cours. Mon rôle devrait se borner à coordonner des animateurs multimédia bénévoles (je suis le seul salarié de l’EPN). Mais la réalité est bien plus complexe et exigeante et donner des cours, transmettre, vulgariser est certainement ce que je préfère faire dans mon activité professionnelle. Quand on embrasse la carrière de l’enseignement, qu’on s’interroge continuellement sur le quoi et le comment transmettre, quelle que soit l’évolution de sa vie professionnelle, on demeure enseignant qu’on le veuille ou non ! «C’est un sacerdoce» comme on dit souvent et même si l’on veut parfois se défroquer, ces habits nous collent à la peau jusqu’à la fin de nos jours.

Mais place à l’interview, puisque c’est de cela dont il s’agit.

En quoi consiste le métier ?

Mon métier de coordinateur d’EPN comporte de multiples aspects :

TECHNIQUES

Gérer un espace public numérique (EPN), c’est-à-dire :

  • Installer et maintenir les postes informatiques
  • Acquérir et récupérer du matériel informatique
  • Créer et mettre à jour les sites Web de la structure

PÉDAGOGIQUES

  • Créer et mettre à jour l’offre de formations
  • Créer des supports de cours et des appareils pédagogiques
  • Faire le suivi pédagogique des stagiaires
  • Donner des formations
  • Encadrer une équipe d’animateurs multimédia (chez nous, ils sont bénévoles)

RELATIONNELS ET COMMUNICATIONNELS

  • Accueillir le public (en présentiel, par e-mail et par téléphone)
  • Organiser les événements et les partenariats
  • Communiquer sur nos activités (affiches, dépliants, sites Web, lettres de diffusion…)

ADMINISTRATIFS

  • Rechercher des financements pour des projets
  • Établir les statistiques mensuelles de l’EPN
  • Rédiger le rapport d’activité annuel

S’agissant d’un animateur, on demande moins de compétences et moins de tâches que celles que je viens d’énoncer plus haut. L’animateur est principalement dédié aux tâches pédagogiques, techniques et d’accueil du public.

Quelle est la formation appropriée ?

Il existe plusieurs formations pour devenir animateur multimédia :

Bien sûr, il est possible aussi de faire un diplôme BAC+3 de formateur et de se spécialiser dans le maniement des logiciels courants (systèmes d’exploitation, Web, e-mail, bureautique, etc.). Certains animateurs peuvent aussi venir d’horizons différents comme l’animation socio-culturelle, la création graphique, sonore ou vidéo. Il n’y a pas, à mon sens, de passage obligé pour accéder à ce métier, pourvu qu’on fasse preuve de compétences en informatique, de curiosité et de goût pour la transmission.

Pour ma part, j’ai un BAC+5 de chef de projet multimédia produits éducatifs et ludo-éducatifs, mais ma formation initiale est enseignant d’italien. Comme quoi, les chemins d’accès sont variés !

Quelles sont les horaires de travail ?

Je travaille pour ma part 35 heures théoriques par semaine. En pratique, je dépasse fréquemment mes heures (heures supplémentaires non payées), car je suis le seul salarié de l’EPN. Une journée de travail type commence à 9h30 et se termine à 18h30, parfois 20h30 comme le jeudi. Je ne travaille que la semaine, mais il y a des structures qui sont ouvertes le samedi.

Quel type de public accueillez-vous ?

J’accueille tous les types de publics (adultes). Les tranches d’âge vont de 18 à 89 ans :

  • Personnes sans domicile fixe
  • Chômeurs (majoritairement de longue durée)
  • Mères de famille
  • Salarié(e)s peu qualifié(e)s
  • Personnes retraitées

Toutes ces personnes ont un point commun : des difficultés plus ou moins grandes dans le maniement de l’ordinateur.

Il m’arrive également d’accueillir des enfants, mais c’est plus confidentiel, car ce travail est «réservé» à mes collègues du centre de loisirs, de l’accompagnement scolaire et des activités périscolaires. Ils utilisent l’EPN et les ordinateurs pour mener leurs propres activités avec les enfants et les ados. Ponctuellement dans l’année, nous créons ensemble des projets communs.

Quelles sont les conditions de travail ?

Les journées de travail sont toujours «trop courtes». En d’autres termes, je suis toujours au four et au moulin, je passe mon temps à changer d’activité plusieurs fois dans la journée, car je peux être fréquemment «dérangé» par un(e) (futur) usager(e). C’est un travail très riche où l’on est multi-tâches, donc très éprouvant pour les nerfs, car l’accueil et la formation de publics ayant des difficultés informatiques nécessite beaucoup d’énergie et d’attention. Ce n’est pas de tout repos ! Dans une structure où il y a plus de salariés, le coordinateur est beaucoup plus en retrait, moins au contact du public. Ce n’est pas mon cas, car je manque clairement d’un animateur salarié qui puisse me relayer sur des activités de formation.

Quelles sont les qualités requises ?

  • Polyvalent : pédagogie, technique, communication, gestion administrative
  • Curieux
  • Goût pour la nouveauté et le changement
  • Goût pour l’autoformation
  • Rigoureux et organisé
  • Capacités d’encadrement : savoir gérer et motiver une équipe
  • Bon relationnel avec le public et les stagiaires
  • Capacité d’écoute et d’empathie envers autrui
  • Patient
  • Pédagogue
  • Bonne élocution
  • Bon rédactionnel
  • Charisme

Quelles sont les compétences requises ?

Compétences pédagogiques et techniques (cf 1re question)

  • Pédagogiques : savoir préparer et mener un cours
  • Techniques : maîtriser les principaux logiciels bureautiques, Web, e-mail, graphiques, sonores et vidéo

Quelles sont les connaissances requises ?

  • Bon niveau de français écrit et parlé
  • Bonnes connaissances d’informatique générale :
– outils bureautiques,
– outils graphiques et vidéo,
– logiciels Web et Internet.
  • Bonnes notions en réseau et hardware

 Quel est le salaire d’un débutant et est-ce qu’il est possible d’évoluer et au niveau du salaire aussi ?

Le salaire moyen d’un coordinateur d’EPN tourne autour de 1500 euros nets/mois.
Les possibilités d’évolution sont maigres ou inexistantes. Cela dépend du type de structure dans laquelle travaille la personne. Typiquement, dans un EPN associatif, les perspectives d’évolution de salaire et de poste n’existent pas, car cela concerne des petites structures ayant peu de moyens.
Dans les structures municipales, la situation peut être pire lorsque le salarié est employé sur un emploi aidé. L’idéal est d’être déjà dans la fonction publique et d’être de niveau cadre A, avec les possibilités d’évolution salariale et de carrière qui découlent de ce statut. Pour cela, il faut d’abord passer un concours de la fonction publique territoriale.

Quels sont les conseils que vous pouvez me donner pour exercer ce métier ?

Il faut d’abord aimer les gens et aimer transmettre, partager ce que l’on a appris. Ensuite aimer les TIC et les outils informatiques et savoir se mettre au niveau des stagiaires, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Aimer être multi-tâches, touche à tout et aimer se sentir utile. Avoir l’humilité et la patience de tout bon pédagogue, car la courbe d’apprentissage de la majorité de notre public est très lente. Ne pas se décourager et croire dans les capacités de chacun me semble fondamental.

Quels sont les conditions d’embauche dans votre entreprise ?

Nous ne sommes pas une entreprise, mais une association loi de 1901 qui travaille avec une majorité de bénévoles. Pour information, notre association, toutes activités confondues, emploie 12 salariés dont 9 équivalents temps plein. Pour l’EPN, je suis le seul salarié. Le reste des ressources humaines correspond à des bénévoles (une soixantaine chez nous). Les perspectives d’embauche sont très maigres. Quant aux conditions, notre structure embauche généralement en CDI, si le poste ne correspond pas à un remplacement temporaire.

Afin de comparer ce témoignage avec des textes officiels faisant référence au métier d’animateur TIC, vous pouvez télécharger le référentiel métier de l’animateur TIC

6 Commentaires

Classé dans Actu des TIC

6 réponses à “Profil du coordinateur EPN idéal ?

  1. Merci Yann pour ce bel article. Sur de multiples points : I agree with you ! Hope we could keep in touch .. N.

  2. A mon tour de vous remercier pour ce bien bel article.
    ça rassure de voir que les journées sont trop courtes ailleurs aussi. Qu’aimer les gens, partager, vulgariser et transmettre n’est pas une utopie :)
    Merci !

    • Merci Marylin, ce commentaire est un baume au blues du coordinateur/animateur d’EPN ;-) Car la tâche, dans les conditions de l’associatif, n’est pas une mince affaire. Je me fendrai d’un article lorsque j’aurai… plus de temps !

  3. je comprends. Nous faisons partie également d’un epn associatif. Nous avons la chance par contre d’être épaulés par notre association, la commune, la collectivité territoriale corse et le FEDER… pas de blues ici pour l’instant :) je suis bien consciente que nous sommes privilégiés par rapport à d’autres structures.
    Bon courage, on attend avec impatience l’article !

  4. Pingback: Veille Antic

  5. Pingback: Le blog des Espaces Publics Numériques de Wallonie : Les Mots de l’expérience (1) : écrits d’animateurs au travail.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s