Entretien avec Nicolas Corti du PLIE Paris Nord Est

Le Plan Local pour l’Insertion et l’Emploi (PLIE) Paris Nord Est est un de nos partenaires dans le cadre de l’insertion professionnelle (une des priorités du projet social de notre association).

Depuis plus de deux ans, l’@nnexe accueille dans ses locaux, une journée par semaine, Nicolas CORTI, référent parcours emploi au PLIE. Son rôle est de conseiller, d’accompagner et de suivre des chômeurs, en grande difficulté, particulièrement éloignés de l’emploi.

Afin de mieux cerner son travail et son rôle au sein de notre structure, nous avons choisi de l’interviewer.

Pouvez-vous vous présenter rapidement d’un point de vue professionnel ?

Après l’obtention d’une Maîtrise de philosophie, j’ai passé les concours de recrutement de l’Éducation nationale pour devenir Professeur de philosophie (CAPES et Agrégation). Mais étant donnée la conjoncture (20 postes disponibles seulement pour environ mille candidats…), j’ai finalement dû renoncer à ce projet.

J’ai ensuite travaillé dans le secteur privé, comme Conseiller Pédagogique chez Acadomia (soutien scolaire) pendant 3 ans.

Mais, insatisfait par l’aspect commercial beaucoup trop prégnant du poste, j’ai pris la décision d’opérer une réorientation professionnelle : j’ai effectué une formation d’un an à l’ETSUP pour finalement obtenir le Titre Professionnel de Conseiller en Insertion Professionnel.

Auparavant (2010 – 2012), je m’étais également formé à l’Analyse Transactionnelle (psychothérapie).

Quelle est votre mission au PLIE (de manière générale) ?

Le cœur de ma mission reste l’accompagnement d’un public éloigné de l’emploi (70 personnes en « flux régulier », une centaine personnes sur l’année).

Or, pour ce faire, il est important que j’inscrive mon action dans la dynamique d’insertion du territoire de mes participants, en l’occurrence, le 12e arrondissement. C’est dans cette optique que les Référents Parcours Emploi du PLIE sont accueillis par des structures telles le Relais 59, Optim Emploi ou le SSDP du 12e : afin d’être là où est susceptible de se trouver notre public et d’être directement en contact avec les acteurs de l’insertion sociale et professionnelle du territoire. Ainsi, ma 2e mission est de créer, développer et entretenir une relation partenariale avec les acteurs de l’insertion et les employeurs du 12e arrondissement.

Enfin, ma 3e mission est de communiquer sur l’action du PLIE, afin qu’elle soit connue par et intelligible pour les acteurs clés du territoire.

En quoi consiste votre travail au quotidien (décrivez les principales tâches) ?

Je fixe six ou sept rendez-vous par jour avec mes participants. S’il est rare que tous viennent au rendez-vous fixé, les entretiens individuels, qui durent en moyenne ¾ d’heure, me prennent la majeure partie de mon temps.

Je passe également beaucoup de temps à passer des coups de téléphone et à envoyer des mails à mes participants, à mes partenaires, à des employeurs.

Une (trop ?) grande partie de mon travail au quotidien consiste également en la gestion administrative des dossiers des personnes que j’accompagne. Nous avons un Logiciel, Visual Course, sur lequel figure le dossier de l’ensemble de notre file active, et il convient de le remplir systématiquement, dès qu’il se passe quelque chose (entretien physique, téléphonique, démarches, entrée ou sortie d’un participant dans le dispositif, etc.).

Enfin, dès que je trouve une poignée de secondes, j’effectue des recherches en vue de faire avancer concrètement le Projet Professionnel de mes participants (recherche de formations, de métiers en lien avec le projet, de sources de financement, etc.).

Pouvez-vous décrire les difficultés et freins que vous rencontrez dans l’accomplissement de vos tâches ?

La difficulté principale est due à la situation liée à l’emploi : il y a une crise économique qui impacte évidemment sur l’emploi et le public que j’accompagne rencontre des difficultés sur le plan social et professionnel, ce qui rend la question de son insertion professionnelle d’autant plus problématique.

Une fois ce cadre posé, je citerai d’abord le phénomène d’isolement du Référent Parcours Emploi : comme nous sommes tous accueillis par des structures partenaires, nous ne sommes presque jamais en contact direct avec nos collègues du PLIE. Du coup, on ne peut jamais vraiment partager nos doutes, nos difficultés, ou même nos satisfactions (hormis par téléphone). L’impression est donc parfois de porter le destin de 70 personnes sur nos seules épaules.

Par ailleurs, l’enchaînement des rendez-vous ne me permet pas toujours d’accomplir les démarches administratives inhérentes à l’exercice du métier. Mon impression est donc d’être toujours en train de courir après le temps, pour ne pas me laisser submerger par les tâches à réaliser, qui s’accumulent au fur et à mesure des rendez-vous…

Et avec le public que vous accueillez ?

Les personnes que j’accompagne ont souvent été confrontées à un parcours de vie chaotique et elles ont déjà bien souvent connu plusieurs accompagnements, sur le plan social et/ou professionnel. Le résultat est qu’elles sont bien souvent démobilisées. Et la rupture créée par le départ de ma prédécesseur n’arrange rien. Ainsi, il y a un fort taux d’absentéisme aux rendez-vous, ce qui ralentit le parcours vers l’emploi, coupe la dynamique d’insertion et porte le risque de décourager un peu tout le monde. Face à cet état des choses, ma difficulté est justement de mobiliser mon public et de redynamiser des parcours qui semblent parfois stagner.

Ensuite, face à des personnes qui connaissent des situations sociales et sanitaires très compliquées, la difficulté est de garder le juste positionnement : être impliqué sans se laisser envahir ou submergé.

Quelles solutions verriez-vous pour les réduire ?

1. LES MISSIONS

L’isolement

Depuis le mois de mai, les Référents Parcours Emploi participent, à l’initiative du PLIE, à des ateliers d’analyse de pratique. Cela nous permet de partager nos difficultés et de prendre du recul sur nos pratiques. Sans doute devrions-nous nous appeler plus souvent, mais pris par l’enchaînement des rendez-vous, il est difficile d’être disponibles en même temps.

Trouver le temps d’accomplir les démarches

J’essaie de ne pas recevoir plus de 6 personnes dans la journée et de me bloquer 2 demi-journées dans la semaine. Une autre solution que j’envisage de mettre en place est de réduire le temps des entretiens. Une demi-heure pourrait suffire, à condition d’aller plus rapidement à l’essentiel. J’ai trop souvent tendance à prendre une heure complète.

2. LE PUBLIC

La démobilisation des participants

Il serait illusoire de prétendre donner une solution en quelques mots à cette difficulté qui reste une des problématiques centrales de mon métier. Le PLIE a justement lancé une réflexion sur ce thème, à laquelle nous avons tous été invités à participer.

La prise de distance

C’est une question d’ordre psychologique. La capacité à prendre la juste distance face à la situation de nos participants est due, en partie, au caractère de chacun. Personnellement, ma formation de Conseiller en Insertion Professionnelle et ma formation en Psychothérapie m’a bien aidé sur ce point. L’analyse de pratique est également essentielle pour ne pas se laisser submerger sur le plan affectif.

Comment voyez-vous votre collaboration avec le Relais 59 et l’@nnexe ?

Je l’envisage comme une relation partenariale privilégiée. Étant sur place une fois par semaine, il nous est plus facile d’être prescripteur l’un pour l’autre : vous nous avez orienté plusieurs personnes éloignées de l’emploi, je compte bien vous orienter des personnes ayant besoin d’une formation informatique, ou souhaitant pouvoir utiliser vos ordinateurs en libre accès.

Hormis l’orientation de nos publics respectifs, nous pouvons également être des ressources l’un pour l’autre : n’hésitez pas à me consulter pour toute question qui concerne la sphère professionnelle, au sens large, et je ferais de même pour mes interrogations touchant à l’informatique (et il y en a…).

Sans doute serait-il intéressant, pour intéresser davantage mon public, d’organiser des ateliers de formation informatique tout particulièrement ciblés sur la recherche d’emploi. Il est possible qu’ils existent déjà et que cela m’ait échappé, car je n’ai pas suffisamment pris le temps d’étudier les choses de près. Sinon, est-ce envisageable ?

L’@nnexe : Oui, absolument, nous proposons tous les mardis après-midi un atelier informatique et emploi qui a pour but de rendre autonome les chômeurs dans leur recherches d’emploi sur ordinateur : rédaction d’un CV et d’une lettre de motivation, recherche d’annonces, réponse à des offres… Cet atelier est un espace où l’on apprend à manier l’ordinateur (le traitement de texte, le navigateur Web et la messagerie électronique) et à comprendre les deux sésames pour l’emploi : le CV et la lettre de motivation.

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