† Microlithe est morte. A qui le tour ?

microlithe

Le sort de Microlithe est désormais scellé. Pétrifiée l’association de quartier. A pu. Finie. Effacée du paysage parisien. En seize années de bons et loyaux services à Belleville et dans le 20e, la petite pierre avait pourtant bien roulé sa bosse.

La rumeur courait qu’ils avaient des difficultés et qu’ils allaient mettre la clé sous la porte. On en parlait depuis un bon moment. La rumeur… Qui m’en avait parlé d’ailleurs ? Impossible de me rappeler. La rumeur quoi. J’y pense et puis j’oublie.

Bizarrement, le truc me revient à l’esprit en septembre et c’est là que j’attrape mon téléphone. 01 46 36 70 13.  Je laisse sonner. J’attends. J’attends. A la 7e salve, une jeune voix féminine m’accueille :

Bonjour,
Vous êtes bien sur le répondeur de Microlithe. Après seize ans d’existence, l’association a définitivement fermé ses portes.

Ma gorge se serre et ça me descend sur le ventre.

Pour plus d’informations, nous vous invitons à communiquer vos demandes par mail à l’adresse contact@microlithe.fr. Au revoir.

Et là une autre voix féminine, bizarrement plus familière qui me redonne un peu d’allant :

Après votre message vous pourrez le modifier en tapant dièse.

Je reste comme un flan, incapable de dire quoi que ce soit. Je chope mon navigateur et j’envoie www.microlithe.fr. Rien n’indique le naufrage. Sur la page d’accueil, la mention « A propos de Microlithe » me retient. Je vais avoir des précisions, on va tout m’expliquer :

En tant que structure de quartier, Microlithe a su tisser des liens avec des partenaires références dans le domaine social et de l’insertion (centres sociaux, réseau d’éducation spécialisée, associations locales). Lire la suite

Ah, je vais savoir la suite, je vais tout comprendre ! Mais rien, pas de suite, pas de droit de réponse, pas de précisions. Aucun récit de ce que j’imagine avoir été une lente agonie. « Page 1 sur 2 ». Ouf, j’ai pas assez lu, c’est donc en page 2 que je vais comprendre le fond de l’affaire. Je clique sur « Suivant ». Rien. Ou plutôt si : les horaires d’ouverture (sept jours par semaine, sic), l’adresse, le téléphone. Tout ce qu’il faut pour s’y rendre, comme au bon vieux temps.

La rumeur était donc fondée. Je trouve alors leur page Facebook, moi qui ne suis pas Facebook pour un sou. Je lis :

L’ASSOCIATION MICROLITHE NE DOIT PAS DISPARAÎTRE !
Après 15 ans d’existence l’association Microlithe est menacée de fermeture.

La date : 21 novembre 2013. J’apprends dans ce billet qu’une pétition existait en ligne, comme pour le Relais Ménilmontant quelques temps auparavant. Je n’avais pas eu cette information. J’ai honte. J’aurais pu relayer. En parler autour de moi, auprès des confrères, des consœurs, oh oh, ce serait le bonheur… Désolé, c’est les nerfs.

In memoriam

– Je n’y étais malheureusement pas allé souvent à Microlithe. L’accueil et le lieu étaient toujours chaleureux.

– Je me souviens du côté cosy, des tableaux aux murs et des efforts de déco pour que le lieu soit un petit nid de quartier

– Je me souviens de l’ambiance arcade et des écrans encastrés

– Je me souviens des chouettes trucs qu’ils faisaient avec les enfants

– Je me souviens de la discrétion et de la douceur de Denis, le coordinateur de l’EPN

– Je me souviens du courage des dirigeants qui régulièrement engageaient leurs fonds propres pour maintenir à flot l’association

Temps mort.

A quand le prochain ?

Les EPN deviendront-ils un vague souvenir dans l’esprit des Parisien-nes ? Depuis quelques années, leur liste fond comme neige au soleil. Ils étaient vingt en 2007, quand je suis entré au Relais 59. A cette époque, une coordination des EPN existait encore. En 2014, il en reste seize (20% de moins) et la coordination n’est plus.

Cette diminution épouse le mouvement national : de très nombreux EPN ont été rayés de la carte de France ces dernières années. La fracture numérique aurait-elle disparu ? Non, bien sûr. Mais, c’est bien normal, elle évolue. La nécessité de faire de la médiation numérique est toujours d’actualité. C’est notre devoir à nous EPN, notre mission. Nous nous y attelons tous les jours.

Lors de sa participation aux Assises nationale de la médiation numérique, la nouvelle secrétaire d’État chargée du numérique, Axelle Lemaire, semble confirmer ce besoin et entend créer un label. Un label de plus ? Gageons que non.

Et le réseau alors ?

Dans ce processus de disparition, quelle est notre part de responsabilité à nous autres du réseau parisien qui continuons à ne pas faire réseau ?

Le trépas de Microlithe relance à nouveau la question de notre capacité à nous regrouper, à faire des choses ensemble. A être visibles sur l’ensemble du territoire parisien. A faire comprendre au grand public qui nous sommes, le travail que nous faisons au quotidien et l’aide que nous pouvons lui apporter.

Comment faire pour mieux se faire connaître ? Comment montrer la richesse de nos activités, la diversité de nos publics, l’utilité sociale et professionnelle de nos structures ? Question lancinante. Serpent de mer.

Fin 2007, lorsque j’ai pris mes fonctions de coordinateur de ce qui n’était pas encore l’@nnexe, j’avais créé un site sous SPIP pour que tous les EPN puissent publier leurs infos, se rendre visibles. Rappelons qu’à cette époque une grande majorité d’entre eux n’avait pas de site propre.

J’avais lancé l’annonce auprès de mes homologues. Pas de réponses, malgré les réunions de coordination que nous avions plusieurs fois dans l’année. J’ai vite compris que ce n’était pas une priorité pour eux et qu’ils étaient trop occupés ou ne se sentaient pas concernés. J’en avais fait mon deuil.

Sept ans après, tel un zombie, je remets le couvert. Je relance l’annonce à mes confrères et consœurs, car la situation me paraît encore plus urgente. Je remonte un site et j’appelle tout le monde à y insérer des informations sur leur structure et leurs activités. Si le silence est de mise, tant pis. Je l’alimenterai seul. Il faudra bien qu’un jour on nous voit et qu’on sorte tôt ou tard la tête de nos guidons pour former un vrai peloton de tête et pas d’exécution !

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