Relocaliser ses achats #1 – Paris Librairies

carte-paris-librairiesVous êtes plutôt romans ou plutôt essais ? Poésie, BD, revues ou beaux-livres ? Ou peut-être tout ça à la fois ? Dans ces conditions, vous avez sûrement dû tâter plusieurs fois d’Amazon. Allez, faute avouée est à moitié pardonnée… Rappelez-vous : sur votre lieu de vacances, pris(e) d’une envie frénétique de lire le dernier page turner qu’une copine vous a chaudement recommandé, vous avez dégainé votre smartphone, tapoté sur l’App-Shop Amazon et, quelques frôlements plus loin, lancé la commande arrivée un jour plus tard au bord de l’eau, grâce à la livraison rapide, car il était hors de question d’attendre plus longtemps.

Y a-t-il encore une proximité après Amazon ?

Pour réaliser cet exploit, vos quelques touchers innocents ont déclenché des trésors de logistique, relâché des nuages de carbone dans l’atmosphère, fait couler des litres de sueur, généré une bonne dose de stress et, qui sait, un dernier petit burn out pour la route. Car derrière le sourire infatué d’Amazon se cache une réalité bien moins glamour. Depuis plusieurs années, le plus grand bazar du globe se traîne un nombre impressionnant de casseroles, qui font de lui un des grands champions du précariat 2.0. Bonjour l’image : conditions de travail[1] des employés proche de l’esclavage moderne, évasion fiscale[2], empreinte carbone déplorable. La littérature, les reportages et les enquêtes à charge foisonnent.

Boycott d'Amazon

« Boycottez Amazon. Fraudeur fiscal. Acheter au plus bas affecte nos services publics »

L’histoire semble donc se répéter une nouvelle fois. S’il est vrai que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, la success story d’Amazon, construite par son patron Jeff Bezos, ressemble fortement à celle de notre grande distribution à la française lancée à la fin des années soixante. Tout du moins dans les effets qui ont suivi : mort du commerce de proximité, exploitation des employés, des fournisseurs et des sous-traitants.

David luttera-t-il efficacement contre Goliath ?

Paris LibrairiesLe client-internaute aurait-il succombé à la facilité de pousser son chariot dans seul et unique magasin alors que la Toile offre un choix et une diversité infinis jamais proposés dans l’histoire de la consommation ? D’aucuns diront qu’Amazon C’EST la diversité et qu’ils ne peuvent pas s’en passer. Concédons-le aux indécrottables toxicos, mais il existe des alternatives pour celles et ceux qui pensent qu’Internet est aussi un levier, si on l’actionne vers le haut, capable de recréer des échanges de proximité et de redonner des couleurs à notre vie locale.

C’est le pari qu’a fait la SSII Tite-Live de Malakoff (Hauts-de-Seine) avec sa plate-forme PARIS LIBRAIRIES qui regroupe une centaine de libraires parisiens et de la petite couronne.

Tite Live, qui est spécialisée dans la gestion de stocks de produits culturels depuis 1983, n’en est pas à son coup d’essai dans le domaine puisqu’elle a créé et gère d’autres portails d’achat reliant les lecteurs et les librairies en France :

L’intérêt de rassembler sur un même site les librairies parisiennes (les David ont besoin de s’outiller contre les Goliath) est, à nos yeux, de tenter de limiter les dégâts causés par Amazon au métier de libraire en proposant un espace permettant :

  • d’accéder facilement aux stocks des librairies de la capitale ;
  • d’aider les Parisien(ne)s à faire un repérage avant achat;
  • de réserver des ouvrages ;
  • de commander les ouvrages non disponibles chez son libraire le plus proche ;
  • et, last but not least, de soutenir le petit commerce déjà bien mal en point et de maintenir des emplois locaux.

Des livres et des libraires toujours plus accessibles

Paris-librairies : recherche d'un livreCette plate-forme qui présente une interface extrêmement sobre et lisible offre un fonds affiché de 1 500 000 volumes (animé par 500 libraires sur une surface de 8500m²). De quoi occuper les longues soirées d’hiver pendant un moment ! Même si le look et l’ergonomie est des plus rudimentaires, la recherche est simple et efficace. Il suffit de taper le nom d’un auteur ou le titre d’un livre et la réponse arrive très rapidement. Aucune difficulté pour les internautes, même les plus en difficulté avec l’outil informatique et sans grande culture Web peuvent s’y retrouver. Si ce minimalisme est volontaire, nous saluons cette volonté d’accessibilité et de lisibilité pour le plus grand nombre.

Il est aussi possible de rechercher par thèmes nommés « rayons » :

  • Littérature française
  • Littérature étrangère
  • Poches
  • BD & Humour
  • Jeunesse
  • Loisirs – Tourisme – Pratique
  • Sciences Humaines
  • Sciences & Technique
  • Scolaire
  • Spiritualités

Fait nouveau, pour les geeks qui ne lisent plus sur papier, il est possible d’acheter des livres numériques à des libraires… physiques ! Un paradoxe pas si incongru en réalité, car les promoteurs du site ont eu l’intelligence de couvrir ce besoin qui n’est plus du tout confidentiel. Tout le monde est donc servi est c’est tant mieux, si on veut apporter une réponse solide face à l’offre des Amazon, FNAC et consorts.

Un commerce à l’ancienne

Sur Paris Librairies, nous ne sommes pas dans un marketing agressif régi par des algorithmes requins qui souhaitent coûte que coûte capter votre attention pour vous annoncer que tel internaute a aussi aimé, acheté ou consulté tel ou tel article afin de vous inciter à toujours acheter plus. Aucune recommandation intrusive, aucune pub. Un commerce à l’ancienne mais doté d’une technologie numérique jouant sur l’intelligence du réseau (du moins, il faut l’espérer). Une nouvelle preuve qu’Internet est un moyen capable du pire (délocalisations, destruction de certaines économies, dérégulations en tous genres, évasions fiscales…) comme du meilleur (maintien et création d’activités locales et développement de circuits courts par exemple).

Apparemment pas de tracking non plus pour connaître finement le profil de client que vous êtes. Cela tient très probablement au fait que la société Tite Live « n’intervient pas comme vendeur », comme le spécifient les conditions générales d’utilisation (CGU), très claires et courtes (3 pages seulement) : un gage de sérieux et de qualité dans ce domaine ! Il n’existe donc pas de contrat de vente entre Tite Live et l’internaute qui commande ou réserve un livre.

L’essayer c’est l’adopter

Après avoir testé le site et acheté des livres dans trois librairies parisiennes, nous adopterons aussi ce site pour faire des exercices avec nos stagiaires pendant les séances consacrées à la découverte du Web. C’est en se faisant la main sur de tels sites que nos apprenti(e)s internautes pourront ensuite s’essayer à d’autres boutiques en ligne bien plus complexes d’utilisation.

Espérons que le pari osé de Paris Librairies ne connaîtra pas le sort de 1001libraires qui n’avait pas su réunir plus d’une soixantaine de librairies indépendantes et qui avait tenu un an. Pas facile de fédérer des indépendants !

Aller plus loin, comprendre le modèle Amazon

Les impacts et dérégulations socio-économiques de la Net économie vous intéresse ? Vous voulez creuser le cas Amazon ? Voici quelques éléments qui vous permettront d’aller plus loin et, qui sait, de vous engager comme Frances et Keith Smith, un couple de libraires britanniques de Coventry, auteurs d’une pétition en ligne demandant qu’Amazon paye ses impôts au même titre que les entreprises bénéficiaires installées au Royaume Uni.

Avant toute chose, lire ou relire La Longue Traîne de Chris Anderson qui parle régulièrement d’Amazon dans ses choix stratégiques.

Et pour se familiariser avec les joies du travail dans les entreprises de logistique, intéressez-vous au voice picking.

Notes :
[1] Dans une interview, parue le 16 décembre 2013 dans le Monde, Jean-Baptiste Malet, auteur de En Amazonie : infiltré dans le « meilleur des mondes » (mai 2013, Fayard), nous décrit certaines méthodes employées par Amazon sur ses salariés les plus vulnérables :
Les entrepôts logistiques sont régis par une organisation du travail très précise qui n’est pas simplement celle du taylorisme ou du fordisme. Elle inclut toutes les potentialités d’Internet et fournit des outils de contrôle de productivité parfaitement inédits. […] Les travailleurs chez Amazon, loin, très loin des progrès du XXIe siècle, ont des conditions de travail qui sont dignes du XIXe siècle. Que ce soit en ce qui concerne les conditions de travail des intérimaires, que ce soit dans les cadences qui sont imposées, dans les contrôles de productivité, dans les fouilles au corps qui sont réalisées chaque fois qu’un travailleur franchit les portiques.

[2] Les questions d’évasion fiscale d’Amazon ont progressé depuis que la Commission européenne a lancé une enquête sur ce qui pourrait être un arrangement entre la firme américaine et le Luxembourg où elle enregistre la plupart de ses bénéfices et paie très peu d’impôts.

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