TIC de langage : la langue des TIC expliquée en français facile aux analphanets et aux technophobes

SOMMAIRE

Il y a cinq ans, j’ai rédigé le projet TIC de langage que j’avais soumis à la Fondation Free qui ne souhaitait pas le financer. Stimulé par notre expérience collective de webradio depuis octobre 2016, à travers l’émission « Sous l’arbre à palabres », l’envie me prends de l’exhumer et de le partager avec toutes celles et tous ceux qui souhaiteront s’y joindre.

La langue des TIC est, pour nos concitoyens les plus fragiles, une langue inaccessible, car mâtinée de mots anglo-américains, de franglais et de notions éloignées de leur culture et de leur environnement social et professionnel. Cette langue de spécialité, fondamentale pour comprendre les connaissances de base en informatique et Internet, est le premier obstacle à franchir pour sortir de la fracture numérique.

Le projet en bref

Pour les personnes éloignées du numérique la barrière langagière s’ajoute à la barrière technologique. Ces deux freins sont clairement imbriqués.

Le projet collaboratif TIC de langage entend lutter contre l’illectronisme en rendant accessible la langue des TIC grâce à un apprentissage audio-oral s’appuyant sur des podasts diffusés :

  • sur une plateforme d’échanges et de téléchargements dédiée ;
  • sur les sites web des espaces publics numériques (EPN) ;
  • sur des bornes d’écoute publique à écran tactile ;
  • sur les smartphones et tablettes numériques des primo-utilisateurs grâce aux lecteurs de podcasts.

Pourquoi un apprentissage sonore ? Parce que le son est le support le plus facile d’accès, nous semble-t-il. Nous entendons nous inspirer des initiatives menées dans le cadre des radios rurales mises en place en Afrique subsaharienne notamment par des institutions internationales telles que l’UNESCO, la FAO et les programmes qui en découlent (PNUD, UNICEF, etc.).

Les publics bénéficiaires

TIC de langage s’adresse à deux publics (usagers finaux et professionnels) :

  • les personnes touchées par la fracture numérique : personnes peu ou pas qualifiées, chômeurs et chômeurs de longue durée, personnes d’origine étrangère n’ayant pas une connaissance suffisante du français écrit, personnes âgées, personnes frappées d’illettrisme, personnes atteintes de handicaps psychiques légers ;
  • les médiateurs et médiatrices numériques des EPN et de tous les espaces de médiation numérique francophones ;
  • les formateurs et formatrices de FLE et des ASL (ateliers sociolonguistiques) ;
  • les professionnels de la lutte contre l’illettrisme.

Langue des TIC et apprentissage du numérique : état des lieux

La langue est un univers oral, écrit et culturel qui rassemble et qui exclut. Qui rassemble les membres d’une même communauté linguistique et qui, nécessairement, exclut les locuteurs d’autres langues. Le rappeler est une évidence.

Que dire alors de ce que les linguistes appellent « sociolectes » – que l’on nomme plus communément « jargons » -, ces langues dans la langue qui naissent, se transforment (et meurent aussi) dans un contexte social, économique et géographique particuliers et où l’âge, le sexe, le niveau d’instruction, entre autres, sont des composantes essentielles ?

Les codes écrits, oraux et toutes les références culturelles qui s’y rapportent sont autant de signes de ralliements autant de marques d’appartenances pour la communauté qui les emploie. Autant de facteurs d’exclusion donc pour celles et ceux qui les ignorent.

Parler le numérique n’est pas donné à tout le monde

L’économie de l’informatique et du numérique produit, ces dernières années, un flux incessant de mots, d’expressions et de références, souvent issus de l’anglo-américain. Cette novlangue qui se construit à la vitesse de l’Internet pénètre au quotidien les médias (papier et électroniques), nombre de milieux professionnels et de groupes sociaux.

Certains de nos concitoyens, pour la plupart issus de catégories socioprofessionnelles favorisées (CSP +) ont un accès aisé aux nouvelles technologies, car ils possèdent déjà tous les outils, la grammaire et les mots pour comprendre et parler « le numérique » couramment.

D’autres, en revanche, n’y pigent que couic ! Demandez-leur de zipper un podcast pour l’uploader sur un cloud et ils perdront rapidement le fil RSS de la conversation. Ces autres ? Ce sont justement eux qui nous intéressent. Les analphanets, les sans grades du numérique. Celles et ceux pour qui la langue geek ressemble étrangement à du chinois. Ces autres pour lesquels, nous, Espaces Publics Numériques (EPN) et lieux de médiation numérique, œuvrons au quotidien en proposant des cours, des ateliers et des rencontres, destinés à acquérir les connaissances et les compétences de base en informatique.

Décrypter la culture et la langue du numérique pour lutter contre les inégalités

Face à ce que nos dirigeants ont nommé « fracture numérique » (digital divide en anglais), des structures associatives et municipales sont engagées, depuis une dizaine d’années, dans un mouvement d’éducation populaire tourné vers l’apprentissage du numérique. Le but étant de lutter pour un accès égal des citoyens aux ressources et aux contenus numériques. Ces mêmes ressources qui attestent de l’entrée de nos économies, désormais globalisées, dans des sociétés de l’information.

Notre expérience nous montre, dans chacun de nos enseignements, que le visage de la fracture numérique est complexe, tant il est composite. Ladite fracture est traversée par d’autres inégalités plus anciennes comme la fracture sociale, la fracture générationnelle et, dans des cas plus particuliers, ce que nous nommons « la fracture personnelle ». On aurait tort en effet de résumer la fracture numérique au simple fait de l’âge. Les seniors, certes bien représentés, ne sont pas, loin s’en faut, les seuls touchés par ce handicap.

La langue de spécialité, premier frein à l’apprentissage de l’informatique

Le tout premier frein que nous rencontrons dans l’apprentissage de l’informatique et du numérique est celui de la langue que ces nouveaux champs d’activité véhiculent. Les mots et les expressions qui se forgent depuis plusieurs décennies dans ces domaines sont largement ignorés ou méconnus d’une bonne partie du grand public.

Acquérir de nouvelles compétences en informatique passe obligatoirement par la maîtrise d’une langue de spécialité. Savoir mettre des mots justes sur ses actions, savoir décrire correctement ce qui se présente à l’écran est un travail de longue haleine pour les publics que nous formons.

Leur difficulté à mémoriser cette langue étrangère tient en partie au fait qu’ils n’ont pas (ou n’ont plus) l’habitude d’apprendre. Nombre de nos stagiaires sont des personnes de condition modeste peu ou pas diplômés. Une bonne proportion est d’origine étrangère et ne maîtrise pas le français écrit. Pour les plus instruits, l’ignorance de la langue informatique est un problème majoritairement générationnel. Cette dernière catégorie d’apprenants n’a pas eu, du fait de son âge et de sa vie personnelle et professionnelle, l’occasion d’utiliser un ordinateur ou des outils numériques.

Pour pallier ces difficultés à mémoriser et maîtriser la langue des TIC, nous travaillons, dans nos pratiques, à l’élaboration d’outils capables de transmettre au mieux les notions essentielles (supports de cours, schémas, fiches explicatives…). Nous sommes constamment amenés à définir les mots qui soutiennent l’architecture des connaissances que nous enseignons pour l’acquisition des bases de l’informatique et de la culture numérique.

Transmettre au mieux signifie pour nous être en mesure de faire acte de vulgarisation et de décryptage de concepts parfois difficiles à appréhender. Comprendre ces mots et les idées qu’ils portent est, de la part de n’importe quel citoyen, un acte d’éducation fondamental pour comprendre les enjeux de la nouvelle ère dans laquelle l’Humanité est entrée ces trente dernières années.

Objectif du projet

Un glossaire audio pour apprendre et mémoriser les mots fondamentaux

En gardant à l’esprit « Le français fondamental » (une liste des mots les plus usuels) défini par Georges Gougenheim et son équipe dans les années 50, en vue de l’enseignement du français aux étrangers, nous souhaitons établir un glossaire des mots les plus utiles pour accéder aux connaissances fondamentales en informatique et Internet.

Il faut pour cela établir un corpus de mots essentiels que nous extrairons des différents enseignements proposés dans les espaces de médiation numérique.

Une fois le corpus établi, nous produirons des définitions sonores, rédigées dans une langue simple et compréhensible par un grand nombre de personnes. Nous les voulons non jargonnantes. Tous les mots anglais seront systématiquement explicités et rapprochés des mots français équivalents, lorsqu’ils existent.

Ces courtes chroniques sonores seront accompagnées de leur transcription écrite, permettant un accès aux personnes sourdes et malentendantes. Les images viendront étayer nos propos, chaque fois que cela est possible.

Notre intention n’est pas de produire un énième glossaire des mots de l’Internet et des TIC, mais de donner une boîte à outil sonore et visuelle à toutes celles et ceux que l’informatique et sa langue de spécialité effraie ou rebute.

Les besoins

Les besoins matériels sont assez basiques pour commencer. Les postes les plus critiques seront l’hébergement et le développement Web.

Tout peut commencer a minima sur un hébergement mutualisé bon marché et avec un CMS courant.

Lorsque le projet prendra de l’ampleur, il sera bon de penser à des solutions plus robustes et spécifiquement adaptées au projet. Tout dépendra des fonds que nous réussirons à lever. À bons financeurs, salut !

Dans un second temps, nous aurons besoin de :

  • 1 espace d’hébergement dédié, capable de traiter un grand nombre de connexions simultanées et doté d’une grosse capacité de stockage ;
  • 1 nom de domaine ;
  • 1 solution logiciel libre permettant la création d’un réseau social construit autour du partage de fichiers son.

Pour le reste, chaque contributeur s’équipera, selon ses moyens, d’un matériel d’enregistrement pour produire ses définitions sonores : dictaphone, smartphone ou enregistreur numérique (pour plus d’infos sur le matériel son, lire cet article).

Un travail collaboratif

La constitution d’un tel glossaire est uniquement envisageable, nous semble-t-il, dans une perspective collaborative. Nous solliciterons l‘intelligence collective et proposerons, à travers le réseau des espaces de médiation numérique francophones, une écriture participative des définitions. Nous impliquerons ainsi les animateurs (salariés et bénévoles) et les responsables de ces espaces. Cela leur permettra de valoriser leurs connaissances et leur expérience dans la lutte contre la fracture numérique.

Il est à nos yeux intéressant que le travail puisse s’enrichir au fil du temps tant du point de vue quantitatif (le nombre de définitions proposées, selon le corpus défini) que qualitatif (les variantes proposées pour un même terme, en vue de créer une « définition idéale »).

Comment aider

Ce projet permet, à tout un chacun, de participer selon son temps, sa sensibilité, ses compétences et ses moyens.

Les contributions peuvent se faire sur quatre niveaux, pris séparément ou globalement :

  • le développement de la plateforme ;
  • l’élaboration de la nomenclature ;
  • l’écriture des définitions orales ;
  • l’enregistrement des définitions.

Développer la plateforme

Le projet n’est bien évidemment pas réservé aux producteurs de contenus. Les développeurs Web y auront une large place pour bâtir une plateforme à même de :

  • générer une nomenclature évolutive et participative ;
  • créer un compte et un espace pour chaque contributeur permettant d’uploader des fichiers son ;
  • noter les contributions et rapprocher les définitions de mêmes mots ;
  • faire des recherches par ordre alphabétique, catégories et mots-clés ;

Participer à l’élaboration de la nomenclature

Vous pouvez co-construire la liste des mots fondamentaux des TIC (nomenclature) en proposant des mots que vous jugez incontournables pour comprendre la culture numérique et informatique en général. Ces mots peuvent être en français, en anglais et en franglais.

Chaque fois que c’est possible, nous souhaitons privilégier les mots français en faisant des renvois au(x) mot(s) anglais correspondant(s), lorsque ceux-ci sont aussi usités par certains locuteurs francophones appartenant, par exemple, à des groupes sociaux précis : jeunes, professionnels du numérique, etc.

La notion de fréquence, toujours délicate à mesurer, sera prise en compte. Pour des mots comportant plusieurs synonymes, il sera important de s’appuyer sur un terme pivot, possiblement le plus fréquemment usité. Prenons par exemple le mot logiciel qui peut aussi apparaître sous les formes : « programme », « application », appli », « app », « software », « soft », selon le contexte (l’époque, le milieu professionnel, le matériel) et notamment l’âge des locuteurs.

Écrire les définitions orales

Si vous avez une facilité pour l’écriture, vous pouvez rédiger des définitions. Les définitions orales doivent répondre à quatre critères principaux :

  1. Elles ne doivent pas excéder 1500 signes environ (espaces compris)
  2. Elles doivent être rédigées en français facile : avec des mots et des idées simples, sans jargon
  3. Elles doivent avoir une vraie valeur pédagogique (le rédacteur doit faire preuve de vulgarisation)
  4. Les mots anglais et franglais doivent être explicités

Prêter sa voix pour les enregistrements

Si vous vous sentez plus l’âme d’un conteur, vous pouvez lire vos propres définitions ou choisir de lire celles des autres. Vous devrez pour cela :

  • avoir une bonne élocution et bien articuler ;
  • adopter un débit moyen ;
  • soigner les intonations pour captiver votre auditorat.

Faites le buzz !

L’aventure vous tente ? N’attendez pas :

Commençons par un premier jet qui nous permettra de mettre nos enregistrements en téléchargement et nous pourrons, par la suite, structurer une plateforme voire une appli mobile ad hoc.

Donnons de la voix pour lutter contre l’illectronisme : tou(te)s à vos claviers et à vos micros !

Merci de votre aide.

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1 commentaire

Classé dans Chantiers collaboratifs

Une réponse à “TIC de langage : la langue des TIC expliquée en français facile aux analphanets et aux technophobes

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