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Données personnelles, vie privée : sans le choix c’est nous la proie !

Les nouveaux loups du webLa vie privée. Privacy pour les Anglo-Saxons. A l’heure d’Internet ? En perpétuel questionnement. En crise ? Faut voir. Transformée ? Y’a des chances. Alors comment la définir aujourd’hui ? Où commence-t-elle ? Quels en sont ses pourtours ? Comment doit-on la situer par rapport à l’intimité ? Au final, existe-t-elle encore vraiment tant elle est convoitée ? Si oui, serait-elle compatible avec le Réseau des réseaux ?

Une chose est sûre, après toutes les révélations apportées par les lanceurs d’alerte et les chercheurs en tous genres, la vie privée intéresse, déchaîne les passions, attise les convoitises car son prix à la bourse des données personnelles augmente de jours en jours. Cela pousse les plus généreux à proposer de rémunérer les internautes dont on exploite sans cesse les données, des plus anodines aux plus sensibles (cf le capitalisme cognitif et le cognitariat).

Il y a donc, derrière cette notion très mouvante de vie privée, un trésor qui se cache et qu’il faut individuellement apprendre à protéger. Mais comment savoir se défendre, quand on ne connaît pas le champ de bataille ni l’ennemi à combattre ?

Sortie le 6 janvier

Le documentaire « Les Nouveaux Loups du Web », qui sortira mercredi 6 janvier[1] prochain dans toutes les bonnes salles, nous apporte des éléments de réponses. Il permet de faire le point sur certaines pratiques peu reluisantes, de poser les enjeux et, de ce fait, d’y voir plus claire dans le feuilleton infini consacré au pillage des données personnelles de tout un chacun. Pas forcément rassurant. Vous êtes prévenu-es !

Les EPN parisiens aurons l’occasion de s’associer prochainement à ce documentaire. Nous vous en reparlerons sur notre site.

L’un des nombreux points retenus par son réalisateur Cullen Hoback sont les conditions générales d’utilisation (CGU) des sites de grands services « gratuits » du Web (Facebook, Google, Twitter, Linkedin…) que personne ne lit et que tout le monde accepte sans en connaître la teneur.

Les conditions générales d’utilisation sont souvent incompréhensibles. Elles autorisent les sites Internet à récolter nos informations personnelles, et à les exploiter librement sans notre avis. Cet accès invisible et sans précédent des gouvernements à nos données personnelles et presque toutes nos activités différencie les moyens de communication actuels des bouleversements technologiques passés.

En parlant des mutations que le numérique et l’Internet opèrent dans nos sociétés et dans nos vies, Cullen Hoback nous rappelle que ce n’est peut être pas la technologie elle-même qui crée ce grand changement, mais ce qu’il y a derrière. En me concentrant sur cette idée, ajoute-t-il, j’ai commencé à voir que la technologie actuelle nous a, petit à petit, changé sans que nous nous en apercevions.

Ce qu’il y a derrière. Le problème central est posé. Les intentions sous-jacentes, les orientations (économiques, idéologiques, philosophiques, politiques…) et les usages qui en découlent déterminent la valeur d’une technologie. Et c’est probablement ce pourquoi la technologie actuelle nous a, petit à petit, changé sans que nous nous en apercevions poursuit Hoback.

Ce documentaire a le mérite d’interroger et de confronter différents points de vue : acteurs du Web (dirigeants de la net-économie, militants et hacktivistes…), chercheurs en humanités numériques, juristes, artistes et auteurs de science fiction, mais aussi citoyens américains victimes des dysfonctionnements de la surveillance forcenée mise en place par l’État américain assisté par les géants du Web. « Les Nouveaux Loups du Web » est un film volontairement vulgarisateur s’adressant à un large public. A toutes celles et ceux qui n’auraient jamais entendu parler du big data et de ses multiples exploitations autour des données personnelles.

Vulgarisateur, mais aussi volontiers militant. Interrogé sur son travail Cullen Hoback ajoute avec simplicité il est difficile d’anticiper la tournure que prendront les choses, même s’il me semble que nous arrivons à un moment charnière. Les gens en auront sûrement assez, mais j’espère que ce film les fera réagir sur ce qu’il advient de leurs données, et les incitera à devenir acteurs du changement de la situation actuelle.

Encore une invitation pour les citoyens que nous sommes de nous prendre en main et d’activer notre pouvoir d’agir et de faire valoir nos droits.

Saluons enfin, la présence de nos amis de la Quadrature du Net et de Framasoft, partenaires du film.

Fiche du film

  • Durée : 77 minutes – Version originale anglaise sous-titrée Français et doublage Français
  • Réalisateur : Cullen Hoback
  • Producteurs exécutifs : Jaswinder Grover, Nitin Khanna, Karan Khann, Jay Walia
  • Producteurs : Cullen Hoback, Nitin Khanna, John Ramos
  • Distribution : Jupiter Films

Synopsis

Avez-vous déjà lu les conditions générales d’utilisation sur internet avant de cliquer « J’accepte »?
Vous seriez étonné de savoir ce qui est fait de vos données…
Lorsque nous naviguons sur le web ou faisons usage d’appareils numériques. Celles-ci impliquent souvent l’abandon de nos données personnelles et de notre sphère privée mais nous ne les lisons pas pour autant, et les acceptons systématiquement.

Ils apparaissent dans le film

Sont interrogés, entre autres, dans ce documentaire :

  • Sherry Turkle, professeur d’études sociales au MIT
  • Zeynep Tukekci, professeur de sociologie à l’université de Baltimore
  • Ryan Calo, directeur des données personnelles et de la robotique au Centre de Stanford pour internet et la société
  • Michael Shearer, expert en sécurité informatique
  • Chris Soghoain, expert en technologies à l’Union Américaine pour les Libertés Civiques
  • Rainey Reitman, responsable de l’activisme à l’Electronic Frontier Foundation
  • Eli  Pariser, directeur  général d’Upworthy
  • Barret Brown, hackers activiste du groupe Anonymous
  • Harvey anderson, vice-président et  conseiller  chez  Mozilla
  • Raymond Kurtzweil, ingénieur en informatique, entrepreneur, futurologue, conseiller pour l’armée américaine et membre du CA du MIT, promoteur du mouvement transhumaniste
  • Mark Zuckerberg, fondateur et patron de Facebook
  • Chris Anderson, auteur, journaliste, gourou des TIC, entrepreneur
  • Orson Scott Car, romancier
  • Moby, musicien
  • Joe Lipari, acteur

Notes :

[1] Une avant-première avait eu lieu le dimanche 13 novembre au Drugstore Publicis des Champs Élysées. Avait suivi un débat avec Adrienne Charmet-Alix de la Quadrature du Net et Pierre-Yves Gosset de Framasoft

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2015 : une année connectée au(x) vivant(s)

2015

Il faudra s’y habituer. En 2015, vous aller en bouffer des objets connectés1 ! Des montres-ci, des chaussures-là, des t-shirts « intelligents », des fourchettes qui vous guettent, des maisons domotisées, des robots compagnons… C’est pour votre santé, c’est pour votre bien-être, c’est pour vous faciliter la vie, vous faire gagner du temps, vous rendre plus humain, vous occuper de vos proches. Le catalogue est foisonnant, le discours bien rôdé. C’est connu, la machine a toujours libéré la main et l’esprit de l’homme et de la femme. Tout ce temps remis au pot de la société, on en profite tou(te)s, à la table du Grand Soir. Big Data et Big Ego sont en 2015 dans un bateau. Big Ego tombe (toujours) à l’eau. Que reste-t-il ? Big Data… qui conserve consciencieusement toutes les traces et les moindres soubresauts du pauvre Big Ego qui se noie. Malheureusement, Big Ego avait oublié son gilet de sauvetage connecté et les garde-côtes de Frontex n’ont pas réagi. Mince, la prochaine fois, Big Ego soignera ses hashtags ; « ça pourrait me sauver la mise », pense-t-il. #sosamitié, #solitudesurbainesetrurales, #mortsdelarue. #hache. #tac ! C’est fini. #RIP

Et si on ouvrait une brèche en 2015 ? Et si on prenait de la distance ? Et si on considérait les machines pour ce qu’elles sont : des tas de ferraille. Et si l’apanage de l’intelligence était celle du vivant ? Et si, nous aussi, nous faisions le projet d’être vivants ? Et si un autre numérique nous permettait d’agir sur l’eugénisme social ? Et si on laissait les objets de côté ? Si on leur volait leur âme pour retrouver la nôtre ? Et si nous restions connectés ? Oui, connectés à nos rêves. Connectés à nos émotions, connectés à la discrétion, connectés au monde sensible. Invisible. Connectés à la force de la fragilité ? Connectés à l’autre, celui ou celle de l’autre côté. Connectés à nos autres ?

Puisque les pensées sont créatrices, que les rois seront tirés prochainement, connectons-nous à toutes nos épiphanies. A tous nos pouvoirs d’agir ensemble.

Dans cette #ultra-moderneringardise, @ultra-modernefutilité, souhaitons-nous pour 2015, souhaitons à nos neurones, nos yeux, nos peaux, nos oreilles, à tous nos sens et nos décences plein d’anciennes et de nouvelles connexions :

  • de la vigilance (connectée)
  • des actes (connectés)
  • des droits à l’oubli (déconnectés)
  • des solitudes (volontaires et assumées)
  • des droits à la déconnexion
  • de la maîtrise de nos données
  • de l’esprit critique (connecté)
  • du bon sens (connecté)
  • des silences médiatiques
  • une dégooglisation de nos esprits
  • de la neige
  • des murmures non twittés
  • des frissons
  • du temps d’écoute
  • une Big Libido
  • des parties de campagne
  • du droit à l’ennui (connectée)
    … (ajoutez les vôtres)

En 2015, prenons du recul, faisons un pas de côté, bousculons nos aliénations, continuons à décrypter le numérique et à faire tomber les masques de la technoscience. En 2015, restons innovants : soyons rétrogrades !


[1] Dix jours après la publication de cet article, une de nos stagiaires nous a contactés pour qu’on l’aide à utiliser la montre connectée qu’elle avait reçue à Noël. La série ne fait que commencer !

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